Serpentine, la roche et la lande

bloc de serpentine

La serpentine est cette roche métamorphique aux multiples teintes (verdâtre, jaune verdâtre, jaune noirâtre, ou vert foncé, souvent marbrée de lignes plus claires ou plus foncées, ou tâchée rouge ou brun), désignée autrefois sous le terme de »marbre vert » ou « marbre du Limousin ».

Au sud de Limoges, en Haute-Vienne, on la rencontre dans plusieurs sites comme :

La lande serpentine Saint-Laurent qui se situe à La Roche l’Abeille, (à quelques kilomètres de notre lieu)

La lande de la Flotte et du Cluzeau près de Chateau-Chervix

La lande des pierres du mas à la Porcherie

Ce sont de très beaux sites, sauvages et mystérieux, qui ont fasciné les hommes depuis des temps très reculés, par leur aspect lunaire, la roche verte et précieuse qui affleure partout, et aussi l’énergie particulière qui en émane.

Lande de la Flotte, un homme regarde le ciel et les étoiles

Certaines personnes expriment toutefois leur réticence à vis de ces landes sauvages craignant d’y rencontrer les… serpents, les fées, les korrigans. Mythe ou réalité? Il faut y aller pour le savoir.

L’utilisation de la pierre serpentine, vert foncé presque noire, date d’avant le néolithique. On connaît des haches en serpentine dédiées à des rituels, des éléments de parure (perles, hachettes-pendeloque, amulettes).
Au Moyen-âge c’était une roche très recherchée pour orner les édifices religieux : fontaines, autels (Le Chalard), cuves baptismales (Le Chalard, Lubersac), tombeaux (St Léonard de N), grandes dalles (Magnac-Bourg). À Solignac elle signale l’emplacement des courants d’eau dans le grand escalier qui plonge dans la nef. Le vierge noire, et une partie du sol de l’église de La Roche l’Abeille sont en serpentine. du XVème s. en serpentine ainsi que des éléments de la base des colonnes au Chalard. On peut admirer une très belle sculpture de femme, du XVème s. en serpentine, représentant Marie-Madeleine, à l’église de Magnac-Bourg.

Sculpture monolithique de Madeleine en serpentine, église de Magnac-Bourg (Hte Vienne).
Madeleine est souvent reliée à la symbolique de l’eau,
et aux courants telluriques,
lieu de convergence d’énergies telluriques.

Ci-dessous, le bassin et l’enceinte circulaire sacrée d’Antone, à Pierre Buffière (87) était autrefois ornés de parements en serpentine et marbre. Une fois encore le lien entre la serpentine et l’eau est souligné.


Dans d’autres régions, on retrouve l’usage de cette même roche dans certains lieux prestigieux, comme l’Abbaye St Géraud d’Aurillac (Cantal) ou celle de Sainte-Foy de Conques (Aveyron).

Les principales sources de serpentine connues des historiens sont celles du Limousin, et celle de l’Aveyron (Puy de Voll ou Volf près de Decazeville). En réalité il s’avère que beaucoup de régions en possèdent. Plutôt que de chercher cette roche précieuse en des terres lointaines, ce qui engendrait des coûts importants et des transports compliqués, les sites médiévaux privilégiaient si possible les carrières à proximité, la pierre « marbrée » étant indispensable pour le décor monumental (fontaines, vasques, chapiteaux, colonnes…). Certains de ces gisements oubliés de tous sont aujourd’hui en train de sortir de l’ombre, comme celui de Cahus, et d’autres restent à redécouvrir.


Le gisement de Cahus dans le Lot, à côté de Laval de Cère, est connu pour avoir été longtemps exploité pour sa serpentine. Le site est nommé Camp Ròc Verd en occitan languedocien, parcelle de la Terre brune. Cahus est vraisemblablement la carrière ayant fourni les deux bassins monolithes en serpentine de Saint-Géraud (Aurillac), et peut-être les éléments de Beaulieu sur Dordogne.

À Beaulieu sur Dordogne (Lot), les bases de colonnes du porche ont été réalisées en serpentine. Cete roche est choisie spécifiquement comme marqueur énergétique de la présence de courants souterrains. Le serpent dragon est perceptible. La seule colonne, entièrement faite de cette roche apporte un indice précieux sur l’emplacement de ces courants.

En Ardèche, à la limite de la Loire, au pied du massif du Pilat, près du barrage de Ternay, et de St Pierre de Boeuf, le Suc de Clava présente aussi des affleurements rocheux en forme de dôme. Au sommet de celui-ci se trouve une croix. C’est un site connu depuis longtemps. Il est entouré par trois failles géologiques, ce qui indique la présence de fort tellurisme.

D’autres gisements sont mentionnés à Dore l’Eglise et à Savennes (Puy de Dôme), à Saint-Ilpize et à Saint-Beauzire (Haute-Loire), ainsi qu’à La Chaise-Dieu.

La particularité de tous les site à serpentine est la spécificité de leur flore, car peu de plantes réussissent à pousser sur ce substrat concentré en métaux Si, Mg, Fe, Cu, Ni, Co, Cr. L’exploration floristique et faunistique (papillons, oiseaux…) y est passionnante, le cortège est très différent de tout ce qui se trouve aux alentours…

Affleurement de serpentine